samedi 02. septembre 2017
Disclaimer : A travers cet article l'auteur relate uniquement un moment vécu et son ressentiment. N'ayant jamais était confronté directement à une situation d'attentat, il a pu toutefois, grace à l'expérience expliqué plus bas, entrevoir un aperçu de l'atrocité, la souffrance et la peur qu'ont pu vivre les victimes d'attentats. Il est question ici d'exercice-attentat, et non d'attentat. Bien-sur, si l'auteur aurait voulu faire un article sur les attentats en général, il aurait commencé par la première voiture (à cheval) piégée devant Wall Street par un italien dans les années 20, puis dérouler les faits jusqu'au Bataclan. Mais tout ça aurait été avant qu'il ne se rende compte que Yann Moix écrivait sur le sujet beaucoup mieux que lui. Bonne lecture.
Quand on entend préfecture, on pense immédiatement: service carte grise, passeport, etc. Pourtant cette entité a une autre mission un peu moins connue, mais tout aussi importante, la mise en place d'exercices de situation d'urgence. Orchestrer de tels entraînements grandeur nature permet de tester le rouage des différents plans (ORSEC, NOVI, ...) et, par feedback, updater, revoir, améliorer certaines procédures.
Jusqu'alors, mes années dans le domaine du prompt secours m'avait parachuté aux Norias de quelques exercices à thèmes surprenants, déraillement de TGV, accident nucléaire, crash d'avion. Mais en plein mois de juin, alors que le thermomètre affichait des températures franchement caniculaires, et que les vendeurs de piscines gonflables et de climatiseurs se frottaient les mains, je me battais désespérément avec un photocopieur hyper-récalcitrant avant que mon Directeur Adjoint de l'Urgence me capte à la volée. Il m'informe d'un exercice-préfecture se déroulant 20 juin, et me propose d'exceptionnellement ne pas faire partie des équipes d'évacuations, mais de me charger du maquillage des victimes avec un collègue (que nous nommerons Z.), puis de nous joindre au groupe d'observateurs de cet exercice.
Dans le petit hall du gymnase, Z. et moi, chacun à un coté de la table, nous nous appliquions à rendre le maquillage des victimes le plus réaliste possible. Il faut dire que le scenario était un plan NOVI Alpha (multiple victimes suite à une attaque terroriste), donc zéro écorchure, aucune cloque, pas un faux petit bobo, que des plaies par balles. A travers un contre-la-montre effréné nous avons maquillé près de 40 étudiantes de l'IFAS, qui n'ont pas pu communiquer, snapchater, instagrammer, le moment même, sur leurs fausses blessures qui les satisfaisaient grandement et amusaient beaucoup. Les ordres sont les ordres. No leaks ! Mon binôme et moi, nous avons dépenser une énergie folle à faire quelque chose de plus vrai que tout ce que nous avions jamais fait auparavant, pas pour en faire des caisses, pas pour fanfaronner, mais parce que, de manière inconsciente, nous nous doutions de l'étendue et de la puissance de l'exercice qui allait se dérouler. Le temps que nous peaufinions d'un dernier badigeonnage de sang alimentaire sur les victimes disposées à travers le gymnase, et nous regagnons, en petite foulée, le préau extérieur d'observation.
Entouré de hauts fonctionnaires et de têtes décisionnaires de la police, de la gendarmerie, des pompiers, de la préfecture, de l'ARS, de l'IFAS, nous attendions tous, attentif, le début des hostilités. Tout proche, sur notre gauche, un type descend le petit escalier extérieur, il porte une cagoule, un fusil d'assaut et un sac de sport (certainement son armurerie portative). Pas de doute, c'est le terroriste. Le gars ne courrait pas, il marchait calmement, impassible et déterminé. En croisant son regard furtivement j'ai pu percevoir ce que l'acteur jouait. Pour s'imprégner du personnage, il branchait des expériences vécues (de policier), directes ou indirectes, de ce qu'il avait capté de plus sombre chez les terroristes, pour devenir lui-même (faux-)terroriste pour l'occasion. Un regard froid, détaché de toute humanité, déconnecté de toutes raisons et débranché de toutes animalités, de toutes émotions. Il était devenu un médium, qui nous permet de percevoir l'égrégore terrorisme, un règne de la terreur par une mort massive qui n'est plus de dimension humaine. D'un coup, mon système nerveux se crispe violemment, mes oreilles sonnent et mon cœur tape contre ma cage thoracique. Le mec venait d'émettre le premier coup de feu juste devant nous, avant de continuer son chemin tranquillement, et d'en tirer quelques autres. Ce coups de fusil à pompe m'aspire dans la scène, plus de recul possible, je n'étais plus spectateur, mais à partir de maintenant je faisais partie du théâtre lui-même, inévitablement attiré par le moment et l'expérience. L'ici et maintenant dans la survie. Mon mental bug, je vois le type, en apparence humain, comme vous et moi, agissant de manière non-humaine. Le terroriste entre dans le gymnase, les coups de feu pleuvent et résonnent dans tout le gymnase.
Les premiers policiers arrivent prudemment sur les lieux. A chaque avancée ils évaluent, brièvement, les victimes dépassés, qui est blessé et qui est mort. A travers une petite fenêtre ouverte, le terroriste entame un premier échange de coups de feu. Une policière est au sol, ses collègues l'évacuent. On est loin du spectaculaire hollywoodien, juste la réalité dans tout ce qu'elle a de plus violente. Les policiers se battent pour maintenir un périmètre de sécurité. Pendant que, tout au long de l'action, Z. (étant ex-gendarme) m'explique tout en détail pour que je comprenne tout le background du déroulement et des décisions prises.
Après des minutes qui en paraissaient des heures, une équipe descend silencieusement l'escalier qu'avait emprunté le terrorisme. A voir leurs équipements et leur manière de sécuriser les lieux, pas de doute, c'est la BRI. Leurs pas sont sûrs. Chaque mouvement est calculé, et rien n'est laissé au hasard. Le moindre écart peut être fatal. Au fur et à mesure du déploiement, on respirait un peu plus. Chacun occupait une place stratégique. En observant un peu plus en détail leurs énergies, je pris conscience d'une évidence. En sous-jacent, les gars de la BRI sont, comme le terroriste, des animaux à sang froid. Ils appliquent, tous deux, méthodiquement, froidement, méticuleusement leurs plans, tel des robots. Ils ont été entraînés et conditionnés pour ça. Le terroriste n'a que seul but de tuer massivement et mourir. L'équipe de BRI, elle, tue uniquement par nécessité. Leurs morts ne doit pas faire partie de l'équation, mais reste une possibilité qu'ils ont déjà évalué. Où l'un impose la terreur et la mort, l'autre pose la sécurité et la survie. Ils sont liés par la dualité d'une même problématique, d'une manière positive pour la BRI et négative pour le terrorisme. Il ne peut exister de gendarme sans voleur, et inversement.
Derrière moi, un léger bruit attire mon attention. Un gars de la brigade postait sa place dans un buisson sans qu'on est capté sa venue. La planque était d'une efficacité folle. Le mec communiquait avec ses collègues par une oreillette. Recherchant avec qui il échangeait des infos, je découvrais l'étendue de leur travail. Ils étaient partout. Il y en avait, donc dans un buisson, mais d'autres sur le toit, dans le bâtiment, à l'extérieur. Ce groupe qui fonctionnait comme une meute, comme les cellules d'un même corps, venait de tisser leur toile, quadriller leur zone, encercler leur proie. Après avoir abattu le terroriste, il gardèrent leurs positions jusqu'à qu'ils se soient assurés de l'absence d'autres risques et que les blessés soient évacués.
Les premiers pompiers arrivent, Z. et moi nous nous rendons au PMA. Vu de l'extérieur ça ressemblait à une fourmilière, ça posait du garrot à tarbasse, un flux constant de victimes arrivaient encore et encore. L'exercice se termine. Alors que nous discutions sur le parking de la salle des fêtes, attendant le débriefing, je croise le policier qui avait revêtu le rôle du terroriste durant l'exercice, le gars a totalement déconnecté son rôle, a retrouvé son humanité, il a même l'air plutôt posé et sympa. Les mecs de la BRI, sans leurs casques, aussi, ont rebranché leurs vies d'humains.
Pourtant, en regardant le gymnase, je ne peux m'empêcher de repenser (certainement valable pour un vrai attentat) au vide observé au moment où la dernière victime fut évacuée, une scène de théâtre sans vie. Et au final, un tel carnage pourquoi ? Rien. J'ai foi que, dans un futur proche, notre évolution nous aura permit de dépasser ce genre de folie tragique.
Images: Nouvelle Republique
vendredi 24. mars 2017
C'est parti d'une invitation à faire de l'escalade. Il fait beau, l'après-midi est libre, c'est l'été, pourquoi pas. Et, c'est précisément comme ça qu'on se retrouve, en pleine forêt, en bas de gigantesques et impressionnants blocs de pierres. Les différentes consignes de précautions et sécurités enseignées, pendant le temps de l'équipement, sont importants, nécessaires, obligatoires et vitales.
A peine les premiers mètres gravis, les peurs arrivent. Cette plongé dans le vide force à se confronter au vertige. Une angoisse primaire qui paralyse, qui nous rappel l'impératif danger et la nécessite de protéger notre survie. Le choix est posé: soit on reste immobile, sans avancer. Soit, on accepte le risque, laissant s'installer peu à peu la confiance et le mouvement. C'est à ce moment que le travail sur le minéral commence.
La roche est solide, inébranlable, un support sur lequel on peut s'agripper. Un point d'appui pour avancer. Ses reliefs sur lesquels nous progressons est une structure indéfiniment stable et rassurante. La pierre est ce qu'elle est, rassurante par sa présence, mais aussi un matériau extrêmement rigide, qui ne fait pas de cadeau et qui renvoi à la dureté, sans concession, sans compassion, sans jugement. Grandir avec ce minéral fondamental, force à observer notre égo, dans lequel notre principe de survie est ancré. Comprendre la roche c'est se connaître un peu mieux. La roche est un miroir.
Une séance, c'est pas suffisant, il y a comme un goût de trop peu, il faut y retourner le lendemain, parce qu'on y prend goût, on y est attiré, pour se dépasser, c'est addictif, presque obligatoire. Le deuxième jour, plus d'aisance, moins d'hésitation, un fun monstre. Certains opèrent par stratagèmes, d'autres y vont à l'instinct. Tous les chemins sont possibles, différents à l'infini, chacun posera son choix. Cette ascension qui oblige à se centrer uniquement sur son corps, la roche et l'instant présent. Une fois les objectifs, les parcours, les buts effectués, l'égo est satisfait, tel une carotte décrochée. Au fond de soi, on sait que l'important n'est pas l'arrivée, mais le chemin effectué pour y arriver. Finalement, escalader un rocher, c'est prendre de la hauteur. L'escalade est une thérapie, un travail que l'on ne fait pas seul, c'est une danse que l'on effectue avec la roche.
Merci à mes deux camarades (qui se reconnaîtront) de m'avoir initié à cette activité, et m'avoir permis de vivre cette expérience.
vendredi 01. mai 2015
Certains diront que ça fait un siecle que j'ai pas posté d'article, tout ça, machin... Ok, je m'excuse, je tacherais d'être plus assidu. Voilà, bon !
Mais durant ce long silence, plein de choses se sont passées. Entre autres, le sujet de ce post: Je suis devenu membre du FabLab Robert-Houdin (Blois) ! \o/
A quoi reconnaît-on un maker-space comme le FabLab ? A son accueil, sa convivialité et au fait que l'on se sent très rapidement aussi à l'aise que chez soi. En découvrant ce lieu, j'ai très vite perçu que les limites de création sont établies par notre mental et peuvent être dépassées à l'infini (si nous nous autorisons à faire péter certains patterns engluants que nous nous sommes imposés).
Puis, dans cette grande Auberge espagnole du DIY (Do It Yourself), je peux constater que les différentes compétences de chacun apportent une nouvelle optique, plus ouverte, plus poussée, apportant de nouvelles pistes de réflexion et la solution à certains problèmes. Aussi, toute cette petite ruche (communauté), cette équipe sévèrement burnée hyper-expérimentée, est constituée d'individus spécialisés dans leurs domaines. Donc, au FabLab Robert-Houdin vous pouvez:
D'ailleurs, il est bluffant de voir le détournement d'objets récupérés: le bar à base de palettes, un vieux radiateur réhabilité en sofa, des pièces de métal sublimées en papillon lumineux.
Alors, quoi? Eh bien, personnellement, le FabLab va me permettre d'aiguiser, et développer mon sens pratico-pratique, et donc, me permettre de dépasser, bouger, exploser mes barrières (freins) pour créer concrètement, un peu plus, dans la matière.
Pour reprendre l'initiative de Denis, je vous invite, si l'Hackabilité est votre passion, à vous rendre à votre FabLab le plus proche de chez vous pour découvrir tout ce nouveau continent créatif.
dimanche 08. juin 2014
Quel est le point commun entre Richard Stallman et Didier Pittet ? Si vous m'auriez posé la question il y a quelques mois de ça, j'aurais certainement répondu aucun. Pourtant, aujourd'hui ma réponse est différente.
Déjà, Stallman, je ne penses plus nécessaire de présenter ce mentor du libre. Ensuite, Didier Pittet est sûrement un nom qui nous est moins familier, et pourtant… Dans la lignée de Semmelweis (sujet de thèse doctorale de l'inégalable L.F Celine), Pittet a révolutionné le domaine sanitaire.
Alors que je commençais à travailler dans le champ paramédical, je découvrais l'utilisation du Sterilium® de la Solution Hydro-Alcoolique, son protocole, et l'importance que ce petit flacon me suive dans mes différents soins hospitaliers. Puis, quelques temps plus tard, j'ai vu la SHA se démocratiser au grand public, pour définitivement et pleinement s'ancrer à toute la population (hospitalier et civil) depuis la grippe H1N1.
J'en serais rester là, si je n'étais pas tomber sur l'excellent travail de Thierry Crouzet à ce sujet. Dans son ouvrage « le geste qui sauve », il transmet, entre autre, deux informations capitales : Derrière la SHA, que nous tous utilisons presque quotidiennement, se cache Pittet ; et que, cet inventeur à choisit de laisser en libre accès les formules et techniques de fabrication de la SHA.
A mes yeux, l'intérêt est double. Premièrement, démocratiser la fabrication et, en chuintant l'intermédiaire big-pharma, permettre aux pays défavorisés d'avoir accès à ce produit crucial. Deuxièmement, apporter à la problématique du désordre mondial généralisé, une solution locale et indépendante. Et, la production de la SHA démocratisé est un premier pas…